25/07/2011

=> Instruments de musique d'Afrique - Le pluriarc

 

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Six cordophones de type "pluriarc" provenant de la R. D. du Congo (1, 2 et 5), du Cameroun (3 et 6) et de la R.C. Africaine (4)

Le pluriarc se compose d'un corps de résonance dont la partie arrière est traversée par une série d'arcs de tension fortement incurvés. La surface supérieure forme la table d'harmonie. Chaque arc possède sa courbure propre. Les cordes en fibres végétales sont enroulées et fixées au bout de ceux-ci et passent de là par de petites ouvertures au plateau où elles sont retenues, à l'intérieur du corps de résonance, contre le plateau, par un petit bâtonnet. Chaque corde présente donc une inclinaison différente, et produit sa propre hauteur de son. Le pluriarc présente donc sous une forme inachevée, toutes les caractéristiques de la harpe arquée.

Forme évoluée de l'arc musical simple, le pluriarc est comme la sanza et la kora un instrument de musique typiquement africain. Son existence est déjà relevée dans des récits de voyages datant du XVIe siècle, le théâtre de Michael Praetorius publié à Wolfenbüttel en 1620 représente l'un deux. Montandon-1919 les appela "pluriarc", expression reprise par Schaeffner (dans: Origine des instruments de musique-1936) et Laurenty dans: (Les cordophones du Congo-Belge et du Ruanda-Urundi-1960).

 

Il existe encore en Afrique équatoriale et centrale: Cameroun, Gabon, R. P. du Congo, R.D du Congo ....

Hormis leur rôle instrumental d'accompagnement du chant et de la danse, le pluriarc est souvent  un facteur de communication entre le monde des vivants et le monde des esprits, notamment l'esprit des ancêtres décédés. C'est pourquoi il n'est donc pas rare de l'entendre dans les cérémonies de guérison ou de louanges aux esprits protecteurs. Sa musique est donc un langage de communication et d'union des deux mondes.

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Photo: Lamote C.
Source: InforCongo - Guide du voyageur: Congo Belge & Ruanda-Urundi - 1958 - p. 704/705
Légende: Equateur -Peuple des Mongo- Orchestre accompagnant la danse spéciale constituant la fin des cérémonies d'exorcisme des femmes "zebola", possédées par un mauvais esprit. 
Pays: Territoire de Bikoro - Région de l'Equateur - R.D. du Congo

Chez les Mongo de la Province du Bandundu, plusieurs pluriarc interviennent dans l'orchestre accompagnant la danse spéciale constituant la fin des cérémonies d'exorcisme des femmes "Zebola", possédées par un mauvais esprit. Cet ensemble comprend: un aérophone (lotodji ?), trois pluriarcs (lokombi), deux racles (bokwasa). 

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Photo: B. Quersin
Légende: Joueur de pluriarc "lakweem", tribu des Kuba du Zaïre (R.D. du Congo)

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Source: Notes ethnographiques sur les peuples Bakuba - Torday & Joyce - 1910
Légende: Le vieux Nyibita 
Pays: R.D. du Congo

"Pour en jouer le musicien appuie la partie inférieure contre son estomac, en tenant l'instrument horizontalement; de la main droite il fait vibrer les cordes à l'aide d'un doigtier en vannerie ajusté au bout de l'index. Des doigts de la main gauche il appuie les cordes contre le plateau d'harmonie, marquant ainsi les notes. Il imite le cri de guerre, le bruit d'une lutte, les guerriers qui se meuvent dans les hautes herbes, les clameurs d'angoisse des femmes et des enfants, et aussi le rire ou la voix du blanc en colère." (Extrait de Belgique coloniale 1897).

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Détails pluriarc 5
Nom vernaculaire: lakweemy, lakweem
Ethnie: Kuba
Pays: R. D. du Congo
Dimension: ~ 66 cm
Matériau: bois, fibres (8 cordes)

Classé par Laurenty comme "pluriarc type kasayi", ce pluriarc provient de la région des Kuba. Il est caractérisé (comme les autres pluriarc de ces régions), par la forme de  sa caisse de résonance creusée par la base (gravée de motifs géométriques) et de sa table ogivale. Selon J. Maes le pluriarc dans ces régions ne ferait pas partie de l'orchestre, il serait uniquement un  instrument de la vie privée. Les cordes en fibres végétales sont au nombre de 8.

La table d'harmonie ainsi que la caisse de résonance de ce pluriarc, sont gravées de motifs décoratifs semblables à ceux que l'on retrouve sur les fameux velours du Kasaï (dessins géométriques rectilignes et curvilignes, ou "bwiin"). Torday dans son étude sur les peuples Bakuba, (1911) et plus récemment le R. F. Joseph Cornet dans étude sur l'Art Royal Kuba, (1982) ont décrit et illustré cette art décoratif Kuba. C'est en effet le peuple Kuba (le royaume kuba est un ensemble de tribus dont le roi est le chef de la tribu la plus importante: les Bushoong) qui développa avec le plus de bonheur cet art géométrique abstrait; ces créations partant des motifs traditionnels et dont l'équivalent se retrouve dans les royaumes Tshokwe, Luba et Kongo voisins. Ce dessin abstrait est complexe, outre la survivance d'archaïsmes fondés sur le chevron, le dessin Kuba s'inspire aussi de "tatouages-scarifications"  qui étaient encore incisés jusqu'il y a peu sur le ventre des fillettes impubères. 

On remarquera plus particulièrement sur l'arrière du pluriarc parmi les motifs "bwiin", le motif "imbol" simple, un des plus commun et que l'on retrouve sur beaucoup d'objets Kuba.

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Photo: Hénault Ch. 
Légende: Musicien Kuba et son pluriarc, R.D. du Congo  

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Détails pluriarc 1
Nom vernaculaire: logombe / lokombe
Ethnie: Sakata
Pays: R. D. du Congo
Dimension: ~ 77 cm
Matériau: bois, fibres (5 cordes) 

Caractérisé par sa forme cylindrique, ce pluriarc (sans décoration) est classé par Laurenty comme "pluriarc type Lac Léopld II". Les cordes en fibres végétales sont au nombre de 5. Chez les Sakata le pluriarc fait partie de l'orchestre et sert à l'accompagnement de danse.

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 Détails pluriarc 4 et 3

Le pluriarc (4) d'une hauteur d'environ 72 cm provient de Centre Afrique, (peut-être frontière avec le Tchad). La caisse creusée dans un bloc de bois par la face avant est recouverte par une table d'harmonie fixée par des liens en fibres végétales. Les 5 cordes d'origine ont été remplacées par des cordes métalliques !

Le petit pluriarc (3) d'une hauteur d'environ 38 cm de l'ethnie Bamoun provient du Cameroun

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Carte postale: Avant 1920

Editeur: -
Légende: Congo
Pays: R. D. du Congo

 

La carte postale ci-dessus a comme unique légende "Congo". La photo a vraisemblablement été prise chez les Woyo, dans la région côtière que borde l'Océan Atlantique (partie Occidentale de la R. D. du Congo et de l'enclave de Cabinda) où l'on retrouve ce long tambour, caractéristique de cette région. Ce grand tambour mâle "Ndungu" accompagné d'un plus petit femelle "Missaku" sont utilisés pour la danse de l'institution -Ndunga-: "institution agissant au bénéfice de la communauté en combattant le mal".

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15:11 Écrit par sanza dans Art Premier, Pluriac | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg