05/09/2012

=> Exposition "Art Africain" - City 2 Bruxelles

"Art Africain" 

City 2 Brussels

28 jan. au 22 fév. 1985

Organisation: Simon du Chastel

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C'est maintenant que l'Afrique bouge

La religion musulmane, religion de l'élite, conquiert la bourgeoisie naissante, mais refuse toujours la repsentation humaine et brûle parfois les dernières sculptures Dogon

Les militaires se bousculent au pouvoir, chaque général nommant ses amis comme ministres et comme gouverneurs, condamnant à disparaitre les derniers chefs traditionnels ainsi que leurs couronnes de roi et le mobilier des palais.

Notre monde matériel et notre société de consommation, le transistor, la bicyclette, l'automobile, le plastic, la dernière mode dans le vent au Gabon, sont des tentations irrésistibles et remplacent le plat en bois, les marmites de terre cuite et les colliers de dents de léopard qui cependant assuraient la virilité des hommes. Dans cette Afrique fascinée par la science et la technique, il y a cependant comme le décrit Balandier dans son livre «Afrique ambigüe»un net retour aux sources de leur propre culture.

Les sociétés secrètes qui servent à la connaissance et à la domination de leur environnement, ainsi qu'à l'accession à la sagesse, sont plus vivantes que jamais. Les rites d'initiation en déclin durant la période coloniale se manifestent davantage aujourd'hui. Laquelle de ces tendances l'emportera ? Nul à présent ne peut le dire. Mais ce serait d'une infinie tristesse que disparaissent cette douceur et cette joie de vivre africaine donnée par une morale très élaborée et le respect des forces vitales et des mythes ancestraux.

Le culte des ancêtres qui a fourni tant de statues invitant à la sérénité et à la vie intérieure se maintiendra-t-il parmi les jeunes? Le choix des œuvres de cette exposition a été dicté par la volonté de tenter une approche des civilisations africaines dans toutes leurs diversités et universalités et non pas de montrer d'elles uniquement ce qui nous concerne ou ce qui nous parle en tant qu'esthèteBien sûr, nous sommes séduits de retrouver au Ghana, dans les terres cuites ashanti, des influences, à travers les pistes de chars du Sahara, de notre culture méditerraenne. Le Nigéria également nous apporte dans ses bois les images égyptiennes du Pharaon et du scribe assis, qui nous sont si familières. Les masques Dan et Baoulé, aux lignes si pures, les piliers des palais Yoruba sculptés par Agbomiofé, les statues d'ancêtres exprimant l'au-de, figurent dorénavant dans les collections à côté du buste khmer. Ce qui a séduit Picasso, Matisse, Juan Gris, c'est l'audace créatrice des formes dans les statues et masques provenant des «bobo» «Mossi» «Gouro»...

Mais maintenant nous arrivent d'Afrique des masques de maladies saisissants, des statues dites «médicaments» formées d'accumulations d'éléments disparates,de plateaux divinatoires, des boubous de chasseurs et guérisseurs couverts de cornes contenant des substances magiques, des phallus de fécondité à tête humaine.

Ces objets étranges, si nous nous laissons imprégner, remuer par eux, nous apportent le contact avec une civilisation qui est «toute autre» et qui nous apprend ce qu'est la «difrence».

Depuis les peintres de l'école de Montmartre, qui du reste n'avaient pas vu ces objets, nous avons fait du chemin dans la connaissance de l'Afrique. Grâce à l'ethnologie, la sociologie, la médecine et les travaux de certains administrateurs et missionnaires, nous apparaissent mieux les difrents usages et fonctions des objets. Ceux-ci seront décrits autant que possible par des notices allant du texte scientifique aux propos humblement recueillis sur place, mais qui peuvent servir d'hypothèse de départ à une recherche plus approfondie. Pour les artistes collectionneurs comme Arman, Landuyt, Henrion, auxquels s'ajoutent les nouvelles générations des Dennis Oppenheim, Crovello, Peter Chinni, Peter Dean, Don Nice, l'art africain apporte encore une autre leçon, celle d'un langage non seulement ts inventif mais également authentique et parfaitement aquat à ce qui doit être exprimé. Quand l'africain taille une statue d'ancêtre, c'est vraiment l'âme d'un notable, protecteur de la famille, que l'on trouve dans la statue. Quand il ce un monstre servant à guérir la variole, Il ne joue pas à créer l'horreur, il compose un médicament avec des bouteilles, des cheveux, du sang, des fers, qui doit contribuer à guérir le malade. A une époque oû chez nous l'art est le plus souvent une réflexion sur l'art, l'objet africain nous apporte ce sérieux, cette rité, cette dignité, cette force d'une parole de croyant dont nous avons parfois la nostalgie et le besoin. Puissions-nous recevoir de l'Afrique le message de vie et de joie dont nos civilisations étouffantes sous leurs formalismes ressentent la grande perte, comme les noirs il y a plus de deux mille ans reçurent le message des Egyptiens, des Crétois et des Carthaginois.

Classiquement comme fil conducteur d'une exposition sont choisies des gions et des tribus. Cette fois une présentation par thèmes et par techniques a été préférée.

Ce choix a l'avantage de montrer la grande diversité des modes de vie et des créations plastiques que nous propose le continent noir et pourquoi légitimement nous devons parler de «civilisations» au pluriel.

Texte de Simon du Chastel à l'occasion de cette exposition de 1985

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20:20 Écrit par sanza dans Art d'Afrique, City 2 | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |  Imprimer | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg